Entrevue
Propos recueillis par Paul Villecourt
Surf de rivière
HAWAÏ À MONTRÉAL
Les bikinis vont-ils fleurir sur les plus belles vagues
du Québec
? Entrevue avec Corran Addison, importateur et promoteur du surf de rivière à Montréal.
Nous vous en parlions dans notre dernier numéro : la vague du surf
de rivière ou River Surfing a déferlé sur la province.
Réservé autrefois aux grands blonds et bronzés des côtes
américaines, le surf s’adapte aujourd’hui aux vagues éternelles
de la rivière. Le Saint-Laurent offre à ces nouveaux surfeurs
eau « chaude » et débit assuré tout l’été.
Bref, toutes les conditions pour faire de Montréal la nouvelle capitale
mondiale de la discipline.
Comment est né le
River Surfing ?
Ce n’est pas nouveau. Il y a 10 ans, j’entendais déjà parler
de surfeurs de rivière, mais c’était un par ici, un par
là, rien de bien sérieux. Personne ne développait d’équipement
spécifique pour cela et nul n’en faisait la promotion. Je ne suis
pas le seul aujourd’hui à me consacrer au surf de rivière,
mais la notoriété et l’influence que j’ai dans le
monde de l’eau vive m’ont permis d’aller plus loin et plus
vite que quiconque auparavant. (NDLR : Sud-Africain d’origine, basé à Montréal
depuis près de 10 ans, Corran Addison est l’un des grands gourous
du kayak d’eau vive mondial.)
Comment cette nouvelle passion a-t-elle démarré ?
C’est la liberté ! En kayak, on se sent comme un gladiateur partant
en guerre. Une armure quasi intégrale, une jupette en néoprène
de 4 mm, un gilet de sauvetage et un paddle jacket… Beaucoup trop de matos
tout ça ! En surf, tu te sens libre. Juste la planche et toi. C’est
une des raisons pour lesquelles j’aime le surf. J’aime aussi la sensation
procurée par la position debout sur la planche, et la possibilité de
se servir de tout son corps pour la piloter. Ça c’est une belle
nouveauté.
Fini le kayak ?
Jamais de la vie ! Le kayak est mon premier amour et je l’aimerai toujours.
Disons que le surf est ma maîtresse… Ce qui est plutôt cool,
c’est que le kayak (ma femme) s’en fout. J’aime le kayak, mais
je veux faire les deux, surf et kayak.
Les garçons doivent-ils obligatoirement avoir
les cheveux longs et les filles porter un G-String pour être bons en River
Surf ?
Non, mais ça aide ! Sérieusement, je crois que l’on verra
plus de jolies jeunes femmes en surf qu’en kayak pour la raison que j'évoquais
plus tôt. Quand on fait du kayak, on dirait que l’on part en guerre,
et les filles n’aiment pas vraiment ça. Le surf, c’est cool,
c’est tendance et on peut porter le bikini. Rien qu’avec cet argument,
nous verrons 10 fois plus de filles surfer que nous en verrons pagayer.
Les sensations du surf de rivière diffèrent-elles
de celles du surf traditionnel ?
Bien sûr il y a des ressemblances, mais c’est assez spécifique.
L’accès à la vague, au départ, est très particulier.
Sur l’océan, la vague vient vers toi et tu avances sur l’eau.
En surf de rivière, tu restes à la même place et c’est
la rivière qui défile sous tes pieds. La vague n’est pas
aussi dynamique que sur l’océan, mais elle est sans fin, elle dure
toujours et ça, c’est plutôt génial.
Le matériel est-il spécifique à la
rivière ?
Oui. On peut toujours utiliser une planche traditionnelle, mais elle casse vite.
Les rivières ne sont pas salées, par conséquent la planche
flotte moins. Il faut nager dans des courants violents et attraper les vagues à la
volée. Les planches sont donc généralement plus larges,
plus épaisses et elles sont plus gironnées. Elles sont aussi plus
solides : il y a des rochers dans les rapides. À une époque, je
cassais une planche tous les trois mois. À 900 $ la planche, cela devient
vite cher. Les planches en plastique ou en carbone sont donc idéales.
Quels sont les grands sites de pratique dans le monde
?
La « Mecque », c’est le Eisbach, ainsi que le Witlesbach,
deux rivières situées dans les English Gardens de Munich en Allemagne.
Après vient certainement Montréal. Les vagues y sont bien plus
grosses qu’à Munich. Ailleurs, des sites de pratique naissent un
peu partout : sur la Skookumchock en Colombie-Britannique, « Pipeline » sur
le Lochsa en Idaho, « Lunch Counter » sur la Snake au Wyoming, et
aussi le « rapide 11 » sur le Zambèze en Zambie. C'est un
nouveau sport, mais son développement est rapide.
Où peut-on pratiquer au Québec ?
Au printemps, certainement sur la Jacques-Cartier (Pont-Rouge / Donnacona),
la Gatineau et bien sûr à « Habitat 67 » sur le St-Laurent.
Il y a probablement d’autres endroits, mais ils sont à découvrir.
Tout le monde peut-il en faire ?
Bien sûr, mais c’est comme tout sport « extrême » :
si vous vous jetez directement dans les rapides de Lachine, vous vous tuerez.
Il faut d’abord apprendre à lire la rivière, mais aussi à contrôler
sa planche. Si vous commencez par ça et que vous prenez le temps d’apprendre,
c’est très facile et sécuritaire. C’est ce qui m’a
poussé à organiser des stages de surf de rivière cette année.
Je veux développer la pratique, mais je ne veux pas pour autant que les
gens se tuent!
Penses-tu que le river surf peut devenir populaire
au Québec ?
Oui. Il y a déjà plus de surfeurs que de kayakistes à Habitat
67. Le Québec est chaud l'été, et on a beaucoup d'eau :
deux conditions essentielles !
Les kayakistes de Montréal acceptent-ils bien
la présence nouvelle des surfeurs de rivière ?
Pour l'instant oui. Il reste à voir si les "surfeurs de mer" vont
arriver avec leur attitude parfois déplorable. On y trouve très
souvent des snobs, et parfois des imbéciles. La "gangster sportsman" attitude
! On espère qu’à Montréal et sur les rivières
en général, les surfeurs vont adopter l’attitude des kayakistes
qui est plutôt gentille, fun et cool. Si les choses se passent ainsi, il
y aura une relation symbiotique qui marchera bien. D'ailleurs, beaucoup de kayakistes à Montréal
se sont déjà mis à surfer…
RIVER SURFING : MODE D’EMPLOI
Le matériel
- La planche : elle est spécifique à la pratique du surf en rivière.
Elle est plus épaisse, plus large et plus gironnée. La marque italienne
Drago Rossi s’apprête à commercialiser un modèle de
série en plastique « HDTP » (plastique haute densité beaucoup
plus rigide que les plastiques traditionnels). Cette planche a été conçue
par Corran Addison (pour louer ou acheter, le contacter). À l’achat,
compter 700 $ pour la planche tout équipée. Également sur
commande : short et long boards en Carbone (1000 $ et 1200 $). Plus d’infos
sur le site de Drago Rossi : www.dragorossi.com et sur celui de Corran Addison
: www.2imagine.net
- Le casque : il est indispensable car sous les vagues, les rochers ne sont jamais
loin. Un casque de kayak standard fait parfaitement l’affaire. Les surfeurs
affectionnent les casques de la marque Gath (www.gathsports.com), certainement
pour leur look et leur conception, mais pas pour leur prix…
- La veste de flottaison : pour commencer, un VFI de kayak peut dépanner,
mais si vous devenez un adepte, vous chercherez vite un modèle moins encombrant.
La marque NRS (www.nrsweb.com) a conçu un modèle très fin,
qui s'intègre dans un top en lycra (Anti gravity). Le tout s’enfile
comme un t-shirt et ne gêne pas la mobilité du surfeur.
- La combinaison en néoprène : là encore, les surfeurs préfèrent
les modèles fins qui ne gênent pas le mouvement ...pas trop fin
quand même car la combinaison protège aussi des coups.
- La « Wax » : il s’agit d’une cire que l’on applique
sur la planche (à la place des pieds) et qui permet aux pieds de bien
adhérer, sans trop coller non plus. Se trouve notamment en boutique de
planche à voile.
Où regarder
les surfeurs de rivière ?
Pour l’instant, c’est à Montréal que vous aurez le
plus de chances d’en apercevoir; particulièrement sur le site d’Habitat
67, situé à proximité du Vieux-Port, juste en amont du pont
de la Concorde, qui mène au Casino de Montréal. C’est notamment à cet
endroit que Corran Addison organise ses stages d’initiation. Attention,
ne vous lancez pas sur ces vagues sans assistance et sans initiation. On ne plaisante
jamais avec le St-Laurent…
« River
Surfing 101 », le DVD
Le DVD « River Surfing 101 » est le premier du genre à expliquer
toutes les techniques et secrets du surf de rivière. Réalisé par
Corran Addison, on peut le commander par son site Internet ou l’acheter
dans la plupart des boutiques de plein air. En version anglaise seulement.
Stages
Les stages offerts par Corran Adison comprennent une journée de découverte
et une journée d’initiation. Mesdames, ne craignez pas les regards
machos : une session « pour femmes seulement » est prévue
début juin. Prix : 100 $ par personne pour les deux jours, ou 75 $ pour
une journée ; quatre personnes maximum par stage. Contact pour infos et
dates : (514) 583 3386, ca@2imagine.net et www.2imagine.net
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