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Kayak hivernal
Brisez la glace !

Passeriez-vous l'hiver dans un garage ? Certainement pas. Alors pourquoi réserver ce sort à votre kayak de mer ? Avec une préparation adéquate, le bon équipement et de la prudence, vous pouvez faire l'expérience d'un monde inconnu et enchanteur. Alors cet hiver, sortez le kayak de la remise pour redécouvrir vos plans d'eau favoris sous le règne de la glace et du froid! Solitude garantie et dépaysement assuré !

par Nicolas Bertrand

Soleil timide de janvier, air immobile et tapis de glace qui murmure en glissant. Des canards s'ébrouent sur une mince couche de glace à l'entrée du bassin du Vieux–Port. Nous sommes seuls sur l'eau. Je les observe puis donne quelques coups de pagaie pour reprendre le puissant courant Sainte–Marie qui me propulse jusque sous le pont Jacques–Cartier.

Le kayak glisse parmi le frasil qui donne à l'eau cette consistance huileuse qu'on ne retrouve qu'en hiver. Aucun vent, pas même la plus petite brise. La glace, dont les plaques s'entrechoquent et glissent le long des énormes coques d'acier des navires amarrés, chante et murmure, couvrant ainsi les bruits de la ville. Je suis seul au monde, à quelques mètres à peine de Montréal, dans un environnement merveilleux : le Saint–Laurent hivernal. Le fleuve est mon terrain d'aventure d'hiver, à la fois très proche et immensément loin — un monde accessible seulement en kayak.

Disparues les motos marines et autres nuisances estivales : ces petits jouets à moteur sont trop fragiles pour la glace. Votre kayak, par contre, est une embarcation d'origine inuite, conçue et perfectionnée pendant des millénaires pour se déplacer sur les océans arctiques et glacés. En ce sens, il est logique et naturel de l'utiliser l'hiver.

D'autant plus que le potentiel de sorties de kayak hivernal, au Québec, est illimité en début de saison (c'est-à-dire avant que les glaces n'emprisonnent les lacs). Pour le reste de l'hiver, le Saint–Laurent demeure un terrain de jeu ouvert en tout temps.

L'hiver transforme nos étendues d'eau en sanctuaires de recueillement et de solitude. Pour les amoureux des grands espaces, le kayak d'hiver représente un moyen privilégié d'entrer en contact avec un monde en constante évolution. On pagaie à un endroit un jour et y on marche le lendemain. L'hiver, aucune journée n'est pareille à une autre : le froid sculpte constamment de nouvelles œuvres de glace que la lumière et l'eau mettent en valeur. À chaque coup de pagaie, on s'émerveille des variations infinies de ces sculptures éphémères. C'est donc l'aventure à chaque fois, même à Montréal, où le fleuve redevient sauvage le temps d'une saison. L'hiver, on peut aussi faire du kayak à l'embouchure du Saguenay, aux îles Mingan et aux Îles–de–la–Madeleine, entre autres.

Pour ceux qui veulent profiter d'un encadrement sécuritaire, ces destinations sont particulièrement recommandées parce qu'on peut y faire appel à des guides qui restent actifs pendant la saison froide. En plus d'offrir une initiation sécuritaire, leurs forfaits incluent les vêtements de protection isothermique. Dans la métropole, les sorties idéales se font depuis l'aval des rapides de Lachine jusqu'aux îles de Varennes. En effet, grâce au courant et au trafic portuaire, le Saint–Laurent reste libre de glace en tout temps. Les mises à l'eau sont tellement nombreuses qu'il est impossible de les énumérer. Il est aisé de tirer le kayak dans la neige et de commencer la journée à des endroits nouveaux à chaque fois. Bref, les possibilités sont infinies. Exercez votre créativité !

Aux alentours de la ville de Québec, les possibilités existent aussi, mais le brassage constant des glaces par la marée rend les conditions moins propices qu'à Montréal.

Pour une pratique sécuritaire
Il ne faut pas se le cacher, pagayer l'hiver est potentiellement dangereux. Pour une pratique sécuritaire du kayak en conditions hivernales, une approche méthodique et prudente est essentielle. L'hiver est d'une grande splendeur mais il faut savoir en apprécier la beauté avec prudence car l'étreinte de l'eau froide peut être fatale.

Pour pratiquer le kayak de mer l'hiver, le point de départ est la maîtrise préalable de la pratique estivale du kayak en eau froide comme, par exemple, dans le golfe du Saint–Laurent. Ensuite, il faut être autonome. N'oubliez pas que ce qui n'est qu'un inconvénient l'été peut devenir une catastrophe l'hiver. De plus, pendant la saison froide, la capacité d'intervention de la Garde côtière et des patrouilles nautiques sera soit considérablement réduite, soit nulle en raison des conditions de glace.

Premier danger : les glaces flottantes. Elles changent de direction au gré des vents et des courants. La dérive des glaces doit être prise en considération lors de la planification d'un itinéraire pour éviter d'être coincé. Il est donc important que les conditions de l'endroit où vous pagayez vous soient familières.

Il faut aussi se méfier des déplacements sur la glace. Mince ou pas, la glace peut toujours être traître. Il n'y aura peut-être pas de craquements pour vous le rappeler, mais il est essentiel de porter en tout temps son drysuit — une combinaison isothermique parfaitement étanche — lorsqu'on marche sur la glace. Méfiez-vous aussi du courant qui pourrait vous emporter sous la glace. Même un courant faible pourrait entraîner quelqu'un sous l'eau dans certaines circonstances.

L'hypothermie, danger principal du kayak d'hiver, est sournoise et insidieuse. Ses premiers symptômes comprennent, outre le manque de jugement, l'apathie, la confusion, une capacité décrue de résolution de problème et, finalement, l'insouciance et la difficulté à reconnaître une situation dangereuse. Même avec un drysuit, l'hypothermie est susceptible de survenir lors d'une immersion prolongée.

Pour ceux qui maîtrisent l'esquimautage, le tuiliq groenlandais est tout indiqué. Il s'agit d'un anorak qui couvre la tête et le corps et qui s'attache à l'hiloire comme une jupette.

Avec l'équipement adéquat et dans le cadre d'une pratique prudente, le kayak de mer hivernal est un sport de plein air agréable et sécuritaire. Et le potentiel du Québec pour cette activité est immense. Osez !

Pour en savoir plus
Pour des informations plus techniques et détaillées, référez-vous à l'article Breaking the Ice: Winter Paddling du numéro de décembre 2002 de la revue Sea Kayaker.
Sur le web : http://www.seakayakermag.com/
Pour savoir comment fabriquer des griffes à glace (un outil simple qui permet d'avoir prise sur la glace pour s'y hisser) :
http://www.wazop.net/nicolas/?a=103

10 impératifs pour une pratique sécuritaire du kayak d'hiver
1. Maîtriser la base
Toutes les règles de sécurité de l'été s'appliquent aussi l'hiver. Assurez-vous de maîtrisez cette base.
2. Être complètement autonome
Les conditions de glaces pourraient rendre impossible un sauvetage. Il faut en être conscient et assumer une autonomie totale.
3. Se préparer graduellement
Le kayak d'hiver devrait être entrepris de façon progressive. Sortez régulièrement pendant l'automne, dans des conditions de plus en plus froides.
4. Être frais et dispos
L'immersion en eau froide, même avec la protection isothermique appropriée, demande beaucoup d'énergie. Soyez frais et dispos lors de vos sorties hivernales.
5. Porter un drysuit
Le drysuit est le seul vêtement isothermique adapté à la pratique du kayak d'hiver. Portez-le non seulement sur l'eau, mais aussi lors de tout déplacement sur la glace.
6. Protéger la tête et les oreilles de l'eau froide
L'immersion soudaine de la tête en eau froide peut causer l'inconscience ; l'eau froide dans les oreilles cause le vertige : deux situations à éviter. Portez en tout temps un bonnet isothermique.
7. Protéger les mains
Votre dextérité manuelle est indispensable : préservez-la en protégeant bien vos mains contre l'eau froide avec des gants isothermiques étanches.
8. Avoir du linge de rechange
Transportez toujours avec vous du linge de rechange sec.
9. Avoir un couteau ou des griffes
Conservez sur vous un couteau ou une paire de griffes à glace pour avoir une prise dans la glace au besoin. 10. Naviguer sans dérive
L'hiver, la dérive du kayak se couvre de glace et devient inutilisable. Le kayakiste d'hiver doit donc pouvoir s'en passer.


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