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La laine fait peau neuve
Par Louis St-Jean et Marie Eisenmann
Longtemps considérée comme le mouton noir de l’industrie
du plein air, la laine fait un retour remarqué grâce
au mérinos, un ovin au pelage doux comme un agneau. Douce,
légère, polyvalente, ce ne sont là que quelques-unes
des surprenantes qualités de cette laine nouvelle génération.
Chassez le naturel, il revient au galop !
On nous a eus tranquillement, en commençant avec des bas
de laine mérinos qui n’avaient rien de ceux qu’on
portait tout petits. Génial : des bas qui ne piquent pas,
qui sont chauds même mouillés et confortables même
en cas de canicule dans le microclimat de notre chaussure. Mais
êtes-vous parés pour la prochaine étape : un
attirail complet, des bobettes à la veste ? Oubliez les souvenirs
cauchemardesques du chandail tricoté par grand-maman et voyez
comment le mérinos et sa laine éponyme s’apprêtent
à vous faire suivre le troupeau. Peaux sensibles, ne pas
s’abstenir.
Le mérinos au microscope
De loin, on dirait un vulgaire mouton. C’est au toucher qu’on
sent la différence et sous le microscope que le mérinos
révèle ses secrets de fabrication. Les plus fervents
adeptes vous diront d’emblée : " Ce n’est
pas de la laine, c’est du mérinos. " Il faut dire
que la différence est de taille : la fibre de ce super mouton
est trois fois plus fine que celle qui constitue la laine traditionnelle
(voir la photo). Conséquence, elle aussi de taille : les
écailles de la fibre (ces tannantes qui nous grattaient)
sont aussi beaucoup plus petites et donc inoffensives. Grâce
à cette fibre ultra-fine, le mérinos a plus d’un
tour dans son pelage : tous les avantages de la laine, sans les
inconvénients. Magique ? Non, 100 % naturel.
Douce, légère et compressible
De la laine si douce et soyeuse qu’on serait prêt à
la porter comme sous-vêtement ? D’accord, il faut le
voir pour le croire mais, croyez-nous, même quand on le voit
et qu’on le touche, on a du mal à y croire… Pourtant,
l’étiquette est affirmative : 100 % laine mérinos.
Les peaux les plus récalcitrantes pourront hésiter
lors du premier contact mais après quelques lavages, on finit
par se rendre à l’évidence : c’est doux.
Cette fibre de petit diamètre a un autre avantage : elle
permet la production de pièces très fines et légères,
véritables secondes peaux. Plus fine, elle n’en est
pas moins très isolante et fournit un rapport poids/chaleur/encombrement
des plus intéressants.
Naturelle
Bien sûr, on est loin de la peau de mouton de nos ancêtres
et la production de ces nouveaux vêtement est industrielle,
mais il reste que le produit de base est naturel, contrairement
aux fibres synthétiques, qui sont des dérivés
de produits pétrochimiques. Chacun y verra les avantages
qu’il veut. Pour les plus grano d’entre nous, c’est
un argument en soi et cela évoque une charge nulle sur notre
système bioélectrique. Les écolos apprécieront
le fait qu’il s’agisse d’une matière biodégradable
dont la source est renouvelable d’année en année.
Enfin, les biologistes en herbe noteront que la base de la fibre
est la kératine, que l’on retrouve dans la peau, les
ongles et les cheveux des êtres humains. Ce qui justifie sans
doute que beaucoup d’utilisateurs la qualifient de seconde
peau !
Régulatrice de
température
Si ces moutons sont capables d’endurer des conditions de températures
extrêmes et de faire le grand écart entre l’hiver
rigoureux des montagnes et l’été caniculaire
des plateaux, pas de raison que leur pelage soit moins régulateur
sur notre peau.
Contrairement aux fibres synthétiques, les fibres de la laine
mérinos " respirent " par leur structure interne,
et non pas seulement par les trous disposés entre elles.
Ainsi, quand il fait froid, ces millions de poches d’air,
réchauffées par le corps, sont emprisonnées,
assurant par là chaleur et confort. Et lorsqu’il fait
très chaud, ces mêmes poches d’air se contentent
de procurer une grande ventilation et redistribuent la vapeur dans
l’atmosphère. Le corps est ainsi refroidi par évaporation.
Dans la même perspective, lorsque le vêtement est mouillé,
soit par la pluie ou par la sudation, les poches absorbent l’eau,
créant une zone tampon avec le corps, ce qui permet d’éviter
qu’il soit en contact avec elle. Résultat : même
mouillé, le vêtement garde au chaud.
Facile d’entretien
Bien qu’étant plus fines, les fibres du mérinos
sont moins délicates. Avec elles, pas de temps perdu dans
les habituels " Lavage à la main " et " Séchage
à plat " : elles se contentent d’un cycle tiède
à la machine puis dans la sécheuse. Mieux, grâce
à leur constituant et à leur structure ventilée,
ces fibres n’engrangent pas les mauvaises odeurs comme le
font les matériaux synthétiques. Côté
boulochage, notre échantillon lavé et séché
quatre fois à la dure ne fait toujours pas de peluches…
Le bémol : c’est encore cher
Il faut vider son bas de laine pour porter du mérinos. On
parle de 50 $ pour un sous-vêtement et de 250 $ pour un chandail
équivalent à un pull en Polar 200. Mais au regard
des qualités énumérées plus haut, c’est
un investissement… Profitez de Noël pour commander un
ensemble complet ; revêtir trois couches en laine améliore
grandement l’amplitude des mouvements. C’est que les
fibres s’imbriquent les unes dans les autres, maximisant par
le fait même les propriétés de la laine.
Dans la boule de cristal
La laine a fait son retour dans le plein air par la petite porte
de la garde-robe : d’abord les bas, puis les sous-vêtements
techniques. Désormais, depuis environ deux ans, les précurseurs
dans ce créneau et spécialistes du mérinos
(notamment Smartwool et Icebraker) étendent leur gamme à
d’autres épaisseurs de vêtement et jouent la
carte du style et de la couleur en proposant des produits qu’on
ne voudra pas seulement porter sur les pistes de ski de fond.
D’autres signes annoncent l’implantation de cette nouvelle
laine dans nos esprits et sur nos rayons. Certaines boutiques, au
Québec, offrent déjà des produits à
base de laine mérinos dans leur marque maison. Quant aux
grandes marques de vêtement de plein air, elles commencent
à développer des hybrides alliant le mérinos
et une fibre synthétique. Une manière d’associer
le meilleur de deux mondes et de nous réconcilier progressivement
avec la laine.
On trouve déjà sur le marché des mélanges
laine à l’extérieur et polypropylène
à l’intérieur (série Prowool de Helly
Hansen, voir page 60) et un métissage laine/lycra, qui aide
à prévenir l’usure tout en adoucissant le lainage.
D’autres seront disponibles dès l’année
prochaine, dont une audacieuse construction présentant une
coquille souple à l’extérieur et du mérinos
à l’intérieur… Préparez-vous à
changer d’avis sur la laine !
Compter les moutons…
- La laine perçue sur chaque mérinos permet de concevoir
jusqu’à cinq pièces .
- Preuve de la finesse des fibres, on dénombre 60 000 follicules
par pouce carré de peau.
- Chaque mérinos produit l’équivalent de 9 000
km de fibre annuellement !
- Il existe plusieurs espèces de mérinos partout dans
le monde.
Dans les coulisses de la production
Une fois l’an, on fait descendre les mérinos de leur
cime afin de tondre leur épais lainage, vestige d’un
hiver rigoureux. On élimine toutes les parties grossières,
celles qui n’ont pas la finesse recherchée. La laine
du cou, des jambes, de la tête et des fesses est éliminée
d’emblée. Par la suite, on procède à
une analyse rigoureuse des fibres.
Lorsqu’elle présente la qualité désirée,
la laine est nettoyée, peignée et dépourvue
de toute trace de graisse ou de végétation. La fibre
est ensuite tordue et entortillée en de très fins
et puissants fils, qui seront alliés avec de la vapeur. Ils
seront alors soudés et teints selon différentes technologies,
propres aux compagnies présentes sur le marché.
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